Je veux que vous vous imaginiez votre entrée dans un gymnase plein de femmes. Grandes et musclées. Elles sont un peu plus grandes et plus fortes que vous et sont aussi incroyablement talentueuses en parkour. Elles peuvent faire des choses que vous pensiez jusqu’alors physiquement impossible. Vous êtes débutant en parkour et ne pouvez faire qu’une fraction de ce qu’elles vous montrent et vous le faites avec beaucoup moins de confiance. Les femmes essaient de vous aider à apprendre, mais vous offrent tellement de conseils que vous pouvez difficilement penser droit. Est-ce que ce qu’elles font est réel ? D’où viennent pesonnes sur-humaines ?! Y at-il un laboratoire spécial ou quelque chose … Oscorp existe ?!

 

Blagues à part, les salles de parkour, les parkourdays, et les événements peuvent donner cette impression quand vous débutez. Je vous écris ce message aujourd’hui pour vous donner l’avis d’une femme sur la façon de créer un environnement favorable et plus confortable pour les femmes en parkour. Nous avons une communauté forte et tout le monde semble vouloir aider les femmes à se sentir à l’aise. L’espoir derrière ce message est de passer le prochain niveau. Le but ultime serait de voir plus de femmes impliquées dans le parkour, pour des périodes plus longues pour atteindre un nombre égal d’hommes et de femmes. La meilleure façon de le faire est de créer un environnement favorable pour les femmes et de comprendre certaines des différences que rencontrent les femmes en essayant de s’entrainer au parkour.

1. Ne donnez des conseils que lorsqu’on vous en demande

Cela semble assez simple n’est-ce pas ? Je ne sais pas comment nous sommes “câblés” mais chaque fois que quelqu’un est aux prises avec un mouvement, la réaction de tout le monde (moi y compris) est identique. Nous recherchons ce que cette personne fait de mal pour les aider. Je connais des gens qui offrent des conseils dans l’unique but d’aider mais, dans de nombreux cas, cela n’aide pas du tout. Cela peut même être dangereux. Je pense que cette question en particulier n’est pas spécifique aux femmes, j’ai vu beaucoup d’hommes dans des situations similaires. Voici une histoire qu’il m’est arrivé récemment :

 

Lors d’un entraînement libre en salle il y avait un tapis sur la fosse de mousse, ce qui rendait la fosse presque au niveau du sol. J’étais heureuse de voir cette mise en place comme j’avais envie de travailler mes saltos au sol depuis quelques temps, mais ne savais pas comment faire … Quelle chance ! Je me suis approchée et ait fait la queue avec les 8 gars qui faisaient des acrobaties sur ce tapis. Ils faisaient tous des techniques plus avancées que moi et je me sentais un peu mal de les rejoindre, au vu de mon niveau. Très timide, avec mon cœur battant et les jambes tremblantes après avoir vu plusieurs personnes rejeter fulls, corks, et double sideflip, j’ai fait mon premier sideflip. Instantanément, semblable à une nuée de sauterelles, j’ai eu une demi-douzaine de personnes me donnant des conseils généraux sur la façon de faire un sideflip comme si c’était mon premier jour d’entraînement.

 

Je peux faire des sideflips. Ils ne sont pas parfaits et il y a beaucoup de choses que je dois travailler, mais je peux les faire. Au cours des six derniers mois, j’en ai fait des centaines en salle et probablement 30-40 à l’extérieur. Tout au long de la soirée, j’ai entendu une 10aine de fois une variation du même conseil, « va plus haut et regroupe plus » de diverses personnes. Depuis que j’ai commencé à faire parkour il y a quatre ans, j’ai entendu ce même conseil des MILLIERS de fois. Je l’entends pratiquement chaque fois que je fais un flip en face de quelqu’un. J’ai essayé d’expliquer aux personnes donneuses de conseil que je sais comment faire un sideflip et que ceci est une situation nouvelle et donc il est effrayant. Quand j’ai vraiment peur de quelque chose, ma technique se détériore et j’ai juste besoin de me re-familiariser avec le mouvement pour le faire bien à nouveau. J’ai essayé d’exprimer certains de ces sentiments et, en guise de résultat, ait reçu des conseils sur la façon de gérer et de recevoir des conseils non sollicités… J’avais l’impression que ma tête allait exploser et j’ai failli partir. Je me suis assise pendant une seconde et ait essayé de me calmer mais ma tête tournait. Ce fut une victoire, ce fut un PROGRES dans mon entraînement, pourquoi le ressentais-je comme une régression? Est-ce que j’arriverai un jour à faire autre chose que des mouvements “basiques”? Est-ce que je fais partie de cette communauté ?

 

Avant de critiquer, pensez à qui vous parlez. Cette personne s’entraîne-t-elle depuis quelques temps ? Est-ce son premier jour ou mois d’entraînement ? A-t-elle besoin des mêmes conseils qu’une personne qui débute ? A-t-elle besoin de conseils tout court ? Quelqu’un qui est dans son premier mois aura probablement besoin de conseils très différents qu’une personne qui pratique depuis deux ans ou plus et est aux prises avec des blocages mentaux. Les gens qui se sont entraînés pendant un certain temps connaissent probablement leurs erreurs techniques, sûrement mieux que n’importe qui d’autre. Il semble que les gens offrent des critiques/conseils sur l’aspect technique plutôt que sur la lutte interne avec la peur, qui est potentiellement plus importante. L’un des meilleurs conseils que j’ai jamais reçu lors de la pratique du parkour était d’arrêter d’écouter ce que tout le monde a à dire et de faire ce qui fonctionne pour moi. Quand les gens sont prêts pour recevoir des conseils, ils en demanderont.

2. Offrez des conseils vrais, positifs et constructifs

Je ne pense pas que qui que ce soit (homme ou femme) apprécie d’aller quelque part ou ses faiblesses seront constamment soulignées alors même qu’il cherche à travailler sur ces mêmes faiblesses. Si vous voyez quelqu’un en difficulté pendant un entraînement et ayant l’air d’être frustré, cherchez quelque chose qu’ils font correctement et dites le leur. Il est important de faire un effort pour être sincère, pas seulement dire de quelque chose que c’était bon quand ce n’est pas vrai. Aussi, si vous vous sentez enclin à parler avec une personne, que ce soit pour apprendre à la connaître mieux, l’aider à se sentir bienvenue, ou si vous pensez que vous pouvez vraiment les aider avec des informations; essayez d’ouvrir la discussion avec un véritable compliment. Rechercher des points forts au lieu des faiblesses. Souligner les choses que les gens font mal est beaucoup plus facile que de trouver les points forts, mais leurs forces sont les plus susceptibles d’être ce dont ils ont besoin d’entendre à ce moment la. Je pense que l’interaction sera bien mieux reçue puisque la critique est si ouvertement et souvent donné; un compliment sera au contraire rafraîchissant.

 

Je lisais récemment une étude dans le livre de Sheryl Sandbergs, «Lean In» sur la façon dont les hommes postulent généralement à des emplois où ils répondent à 60% des besoins et des femmes seulement pour des emplois où elles répondent à 100% des qualifications. Je pense que l’on peut faire un parallèle avec la façon dont les hommes et les femmes s’entraînent au parkour. Je vois souvent les hommes qui s’entraînent (le plus souvent des débutants) à faire des choses pour lesquels ils ne sont pas encore prêts ou pour lesquelles leurs corps n’est pas encore préparé à encaisser. Je vois le contraire dans un grand nombre de femmes pratiquantes. Il semble que les femmes vont souvent faire des choses qu’elles sont certaines de pouvoir faire. Nos cerveaux sont câblés différemment, nous avons une vie de conditionnement social qui nous dit que les femmes ne sont pas aussi douées en sport; qu’elles sont plus faibles… En raison de ces différences les femmes ont besoin de choses différentes en matière de soutien par la communauté. Souvent, quand les hommes m’offrent des conseils, il s’agit généralement de «ne pas faire quelque chose de plus grand que ce pour quoi je suis prête. » Ce qui est logique, car ils puisent probablement dans leur propre expérience et les erreurs qu’ils ont faites dans le passé. Pour les femmes, je pense que notre erreur se trouve plus dans le fait de ne pas atteindre notre plein potentiel. Presque tous les gérants de salle de parkour, les coachs et les pratiquants sont des hommes et donc les femmes ont rarement l’occasion d’apprendre des autres femmes. Nous recevons généralement des conseils et de l’aide de la part de pratiquants hommes qui nous enseignent depuis une perspective masculine et peuvent ne pas être conscient des différences mentales auxquels les femmes peuvent être confrontés lors de la pratique du parkour.

3. Comprendre qu’il existe un écart de niveau et pourquoi il existe

Une des choses importantes à comprendre et qui rend les femmes mal à l’aise est l’écart de niveau entre les hommes et les femmes. Cet écart ne veux pas dire que les femmes sont intrinsèquement moins capable. Bien sûr, il existe des différences biologiques qui donnent aux hommes un avantage athlétique, mais il n’est pas aussi important que l’écart constaté en parkour. L’une des raisons pour lesquelles l’écart est si grand est le fait que plus d’hommes se sont entraînés, pendant des périodes de temps plus longues, cela crée inévitablement des athlètes masculins plus capables. Lorsque vous essayez quelque chose de nouveau, il est dans la nature humaine de chercher des exemples qui vous ressemblent et qui ont réussi. Il est possible de trouver des exemples traceuses qui ont réussi, mais elles sont peu nombreuses et généralement pas au même niveau que les hommes au niveau mondial. Ils semblent y avoir quelques années de retard … probablement parce qu’ils y a quelques années de retard ! Il est très difficile de trouver des femmes qui se sont entraînés plus de quelques années, mais il y a beaucoup d’athlètes masculins qui s’entraînent depuis 6 à 10 ans ou plus. Au cours des cinq prochaines années lorsque plus de femmes atteindront des niveaux plus élevés de maîtrise, nous allons voir des trucs assez cool venant de la part des traceuses.

 

En raison du conditionnement social entourant la condition physique et d’autres facteurs associés au fait d’être une femme, de nombreuses traceuses semblent être plus prudentes dans leur formation. Les hommes semblent être plus disposés à s’engager dans quelque chose qu’ils ne sont pas tout à fait sûr de réussir et seront susceptibles de recevoir plus d’éloges et moins de critiques de la part de leurs entraîneurs et pairs, résultant dans la croyance qu’ils sont capables de pratiquer ce sport. Cette croyance est fondamentale pour la poursuite de parkour à long terme et de manière sérieuse. Ce peut être l’une des raisons pour lesquelles tant de femmes essaient le parkour mais peu restent; et celles qui restent avaient déjà une solide expérience sportive en premier lieu.

 

Un autre facteur contribuant à la différence de niveau (et donc au fait que les femmes perdent leur intérêt à pratiquer le parkour) est l’incapacité de trouver des pairs. La relation avec des pairs est essentielle à la progression et au maintien de du côté ludique. Lorsque l’entraînement se fait en permanence avec des gens qui sont plus avancés, il est difficile de supporter un sentiment d’inadéquation et ressemble souvent à ce qu’on ressent lorsqu’on s’entraîne seul. Si vous ne pouvez pas travailler sur les mêmes choses que tout le monde vous ne pouvez alors pas construire avec l’autre et vous êtes réduit à créer votre propre chemin, entièrement. A l’inverse lorsque vous pratiquez avec des personnes d’un niveau beaucoup plus faible, il est difficile de ne pas enseigner et diriger tout le temps et encore une fois vous ne pouvez pas travailler les mêmes mouvements ensemble.

 

En ce qui concerne les hommes et les femmes en tant que pairs, je trouve que les hommes commencent généralement à faire des choses plus difficiles/plus grandes plus rapidement, et pour de nombreuses personnes le niveau de compétence est déterminée par l’échelle, la taille des sauts. Il est facile de voir et de mesurer, et évidemment l’échelle de taille est valable, mais il s’agit seulement d’une partie de la capacité globale d’une personne. Il faut être plus perspicace et un athlète expérimenté pour remarquer les progrès subtils dans la technique et c’est par conséquent souvent négligé ou non reconnu. Cela se traduit par la personne avec le plus grand saut qui va penser être d’un niveau plus élevé, ce qui conduit souvent à la même personne qui va commencer à donner un grand nombre de conseils non sollicités. J’ai rarement trouvé des hommes ou des femmes qui sont à la même échelle (distance de sauts) ET au même niveau technique que moi. Mais cela est arrivé plus souvent avec d’autres femmes, cela est la raison pour laquelle les parkourdays et autres évènements féminins sont un excellent moyen de rencontrer des pairs potentiels.

Je pense que la principale clé pour surmonter l'écart entre les sexes est de simplement oublier le sexe. Une fois que vous vous entraînez avec quelqu'un, peu importe s’il s’agit d’une femme ou d’un homme. Traitez-les comme un athlète, non pas comme une athlète féminine. La même chose vaut pour les femmes. Si vous pratiquez le parkour - ne vous imaginez pas comme la seule femme à vous entraîner ici - pensez à vous-même comme un athlète.

Lynn JungAthlète de Parkour

4. N’utilisez pas un langage sexiste

Je ne pense pas que cela nécessite beaucoup d’explication, mais en disant des choses comme, “man up”, “fais toi pousser une paire », ou « don’t be a pussy » peut créer un environnement qui rend les femmes mal à l’aise. Beaucoup de gens essaient de justifier cela sous couvert de l’humour, mais même s’il s’agit d’une blague, la fait d’entendre cela en permanence, pendant toute une vie, peut subtilement s’infiltrer dans votre inconscient. Ce genre de langage perpétue la notion archaïque que les femmes sont inférieures, ou sont des athlètes moins capables; moins courageuses.

 

Les femmes devraient également cesser d’utiliser un langage sexiste. J’ai souvent entendu des choses à l’entraînement comme, “je ne peux pas le faire parce que je suis une fille» ou «toi tu peux le faire parce que tu es un homme…” Mon cas préféré reste la fois ou j’ai fais un saut à l’entraînement et, une autre femme, disait à un homme qu’il pouvait réussir le saut “parce que cette autre femme l’a fait, tu dois être capable aussi…”

 

Chaque fois que nous utilisons ce genre de langage, nous instillons la conviction que les femmes sont des athlètes inférieurs. Lynn Jung fait un excellent point : « L’utilisation de hashtags tels que “girlparkour” crée également un langage sexiste. En disant « girlparkour » nous définissons le parkour « normal » comme le parkour des hommes. Bien que le langage sexiste positif peut avoir l’avantage de rendre les filles plus visibles au sein du sport (probablement seulement au sein de la communauté des femmes), à long terme il est plus difficile pour les athlètes féminines d’être connues comme des athlètes plutôt que seulement “des athlètes femmes”.

5. Ne parez pas, sauf si on vous le demande

Le fait de parer un partenaire a sa place et peut être utile dans certaines situations. Cependant, j’ai vu beaucoup d’hommes qui proposent de “parer” les femmes sur les mouvements dont je ne sais même pas s’ils pourraient vraiment parer ou aider en cas de chute, ou dans des situations où il pourrait être plus dangereux pour eux. Par exemple, sur quelque chose comme un saut de précision ou un saut de chat précision. Quand vous faites ces techniques, on vous apprend à vous adapter par le biais de nombreuses techniques (chutes, roulades, réchappes, …) et si une personne est dans votre périmètre d’action, cela ajoute une variable. Vous devrez, en plus d’essayer de vous récupérer, faire attention à ne pas taper cette personne dans le visage et ne pourrez pas réagir aussi instinctivement que vous le voulez parce qu’une autre personne essaie de vous rattraper.

 

En conclusion, la chose la plus bénéfique que nous pouvons faire en tant que communauté est de fournir un environnement favorable pour les femmes. Cela nécessite d’avoir une certaine retenue, d’éviter ou limiter les conseils non sollicités (la plupart des hommes ne semblent pas aimer cela non plus) et de vous mettre à la place d’une femme débutante. Cela étant dit, au cours des dernières années, les femmes ont vraiment commencé à avoir plus de présence en parkour avec des athlètes comme Aleksandra Shevchenko (Sheva) qui crée de nouveaux mouvements révolutionnaires qui jouent avec certaines des forces physiques des femmes. Il y a un certain nombre d’autres femmes qui ont un grand impact sur le sport en ce moment et je pense que nous en verrons encore plus dans les années à venir.

Vous pouvez également lire le livre Lean In: Les femmes, le travail et la volonté de plomb par Sheryl Sandburg si vous êtes intéressés à en apprendre davantage sur l’égalité des sexes.

Un autre grand défenseur des femmes en mouvement est l’auteur et cinéaste Julie Angel et son site See & Do.

Ecrit par Brianne Beecroft
Traduit par l’Ecole de Parkour
Photo de couverture par Julie Angel
KIMEO - Lyon

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