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Dépasser ses peurs (FR traduction)

By 16 octobre 2018 One Comment

Dépasser ses peurs n ° 1: - Une introduction de base aux émotions para-fonctionnelles

Dans cette série en cours, je souhaite examiner des outils et des stratégies pour faire face à la peur et à d’autres émotions dans la pratique du Parkour et du mouvement.

Dans la première partie, je donnerai une brève introduction aux théories philosophiques, psychologiques et (neuro) biologiques des émotions qui fondent des recherches plus poussées sur la manière de les gérer. Dans la seconde partie, je vais essayer de montrer pourquoi le discours intérieur positif n’est pas un outil efficace pour gérer les émotions et quelles en sont les implications. Après avoir répondu à la question suivante, comment savoir quoi faire et quand le faire ?

INTRODUCTION

"Celui qui est éduqué par l'anxiété est éduqué par la possibilité."

Sören Kierkegaard

La peur et les barrières mentales sont une partie cruciale du Parkour, de nombreuses autres pratiques de mouvement comme l’escalade ou le combat et de la vie en général. Les philosophes existentiels tels que Kierkegaard, Sartre ou Heidegger considèrent la peur comme faisant partie intégrante de l’être humain. Ils ont compris que la peur n’était pas quelque chose à éliminer, mais un symptôme de la liberté à laquelle nous sommes condamnés et que, par conséquent, il fallait célébrer quelque chose. La peur est un enseignant puissant. L’un des outils que je veux présenter n’a pas pour objectif d’être un esclave de vos émotions, mais bien de pouvoir les gérer et les réguler, et donc d’atteindre un plus grand degré de liberté.

Peur! À quoi ça sert? Absolument rien(?)

J’utilise le terme émotions para-fonctionnelles pour éviter le mot dysfonctionnelle. La peur est très utile et fonctionnelle du point de vue de l’évolution. [1] «La peur et l’inquiétude suscitées par des étrangers, des serpents, des hauteurs, etc., ont bien servi nos ancêtres en les aidant à éviter les dangers, mais peuvent causer de la détresse dans le monde moderne», écrit Joseph LeDoux, un scientifique renommé en neurosciences. Nous ne sommes plus des chasseurs-cueilleurs et nos besoins sont passés de la recherche de nourriture et d’un abri à la recherche de sens, d’épanouissement, d’authenticité et de résonance [3]. L’évolution ne s’inquiète pas du sens, elle veut que vous ne tombiez pas d’une falaise ou d’une haute branche et que vous ne gaspilliez pas vos précieux gènes. La peur conduit généralement à une réaction automatique qui nous dépouille de nos ressources et de nos capacités. Ce qui était autrefois utile conduit maintenant à des genoux tremblants, des mains moites et un esprit flou. L’objectif est maintenant d’être conscient de la peur, de l’accepter, de l’apprécier et de ce qu’elle nous dit mais ne pas le laisser nous contrôler.

Qu’est-ce que la peur exactement?

La peur est une émotion. Les émotions sont «une expression intégrale de la vie, dans laquelle l’ensemble de l’organisme est dirigé vers une situation spécifique de son environnement basée sur ses valeurs et ses motivations» [4]. Cette définition technique découle de la théorie de l’incarnation de l’esprit, selon laquelle les émotions ne sont pas simplement certaines activités du cerveau, mais des interactions circulaires complexes entre le cerveau, le corps et l’environnement. [5]

Chaque émotion est étroitement liée aux changements physiologiques et aux signaux environnementaux spécifiques.

La peur est une émotion primaire. Les signaux externes déclenchent une activité dans les structures sous-cortico-limbiques du cerveau, principalement l’amygdale et le gris périaqueducal. [6] De là, une réaction de tout l’organisme se dégage comme une accélération du rythme cardiaque, des modifications de l’expression du visage, du tonus musculaire, de la respiration, etc.

Les émotions secondaires telles que la honte ou la frustration sont principalement causées par des schémas de pensée ou des images mentales du cortex préfrontal. Ils sont basés sur le développement précoce, l’expérience et les valeurs apprises et conditionnées.

La peur est un mécanisme permettant de détecter un danger et d’y réagir [7].

En tant qu’émotion primaire, nous sommes nés avec la peur. C’est quand même très individuel. Au cours des deux premières années, la structure brute du cerveau est toujours en formation et, par la suite, sujette à des modifications constantes mais plus fines. Sur la base de notre expérience, le cerveau reste plastique et forme des liens et des réformes. Comme les muscles, certains schémas deviennent plus forts avec le temps, en fonction de leur utilisation [8].

La peur est un système de motivation.

Cela nous aide à prendre des décisions en une seconde sans avoir besoin de délibérations prolongées. Les émotions et les sensations physiques qui vont de pair sont un type de mémoire. Ils sont une accumulation de nos propres expériences et de nos ancêtres. Nos expériences et réactions face à la peur façonnent notre future expérience de cette émotion

 

[1] Menzies und Clarke 1995; Bracha 2006: 835.

[2] 2015: 17.

[4] Fuchs 2017: 147.

[5] Storch et al. 2016.

[6] Damasio 1995: 180 f; 2000 67 f.

[7] LeDoux 2015: 97.

[8] Fuchs 2017: 161 ff.

Literature:

Bracha, H. S. (2006) Human brain evolution and the “Neuroevolutonary Time-depth Principle:” Implications for the Reclassification of fear-circuitry-related traits in DSM-V and for studying resilience to warzone-related posttraumatic stress disorder. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry 30 (2006) 827–853.

Damasio, A. (1995) Descartes‘ Irrtum. Fühlen, Denken und das menschliche Gehirn. List, München.

Damasio, A. (2000) Ich fühle, also bin ich. Die Entschlüsselung des Bewusstseins. List, München.

Fuchs, T. (2017) Das Gehirn – Ein Beziehungsorgan. 5th edition. Kohlhammer, Stuttgart.

Kierkegaard, S. (1980 [1844]) The Concept of Anxiety: A Simple Psychologically Orientng Deliberaton on the Dogmatc Issue of Hereditary Sin, Princeton, NJ: Princeton University Press

LeDoux, J. (2015) Anxious – Using the Brain to Understand and Treat Fear and Anxiety. Viking, New York.

Menzies, RG; Clarke, JC. (1995). „The ethology of acrophobia and its relationship to severity and individual response patterns“. Behaviour Research and Therapy 33 (31): 499–501.

Storch, M., Canteni, B., Hüther, G., Tschacher, W. (2016) Embodiment. Die Wechselwirkung von Körper und Psyche verste

Dépasser ses peurs n ° 2: Le cadre de base et pourquoi le discours positif ne fonctionne pas

LES EFFETS LIMITÉS DE L’AUTO-DISCOURS POSITIF

Pour illustrer l’importance de l’indication (savoir quand faire quoi), commençons par un exemple.

Le discours positif sur soi-même est un sujet important dans la littérature sur le développement personnel et la psychologie de la performance. Il vise à améliorer le dialogue que vous avez avec vous-même. En effet, certaines études montrent l’effet positif d’un dialogue intérieur positif sur les performances sportives. [1] Les revues systématiques ne montrent toutefois pas d’impact significatif [2].

Cela a beaucoup de sens à la lumière du fonctionnement de notre cerveau. Des émotions telles que la peur sont organisées au sein du système limbique (pour une explication détaillée, consultez la première partie). Ce système n’est que très légèrement connecté au cortex préfrontal, où sont organisées des fonctions cognitives plus rationnelles et plus élevées. Les pensées logiques ou rationnelles telles que le discours intérieur n’ont pratiquement aucune influence sur nos émotions, et ce pour des raisons purement anatomiques. [3] Abaisser les émotions fortes peut même avoir l’effet inverse, comme la déception ou la frustration.

Le discours positif sur soi-même peut être un outil très efficace dans les situations où nous contrôlons toujours bien nos émotions. Il peut ensuite être utilisé pour optimiser les performances ou éviter les discours négatifs ou jugés personnels. Des outils cognitifs comme celui-ci peuvent nous aider à ne pas avoir peur en premier lieu, mais ne seront pas très efficaces pour calmer le système nerveux une fois que nous serons paralysés par la peur. Cela soulève la question de savoir quand utiliser les interventions cognitives et quels autres types d’interventions existent?

EVALUATION ET INDICATION DES INTERVENTIONS DE CRAINTE

Avant de regarder les indications, nous devons catégoriser les interventions dont nous disposons. Certains outils peuvent être utilisés pour se préparer à quelque chose d’effrayant afin d’éviter une réaction de peur. Je les décompose très grossièrement en:

  • Préparation physique générale et compétence (compétences)
  • Interventions cognitives (motivation, visualisation)
  • Interventions de pleine conscience
  • Interventions incarnées (exposition en hauteur, tapotement, techniques de respiration)

Chacune de ces méthodes sera plus efficace à un certain niveau de peur. Pour évaluer ce niveau de peur, je trouve que le modèle de peur perçue de Marcello Pallozo très utile.

Un niveau de peur plus élevé correspond à un degré moindre de capacité d’action (Handlungsfähigkeit). Plus nous gravissons les échelons, plus nos capacités mentales et physiques se détériorent. Cette échelle peut être utile de différentes manières:

  1. Indiquer quand faire quoi. Elle vous indique clairement quand une intervention est la plus appropriée et la plus efficace. Nous explorerons cela plus en profondeur dans des publications ultérieures.
  2. Décris ta peur. Cela donne une meilleure compréhension de l’expérience et peut parfois déjà améliorer la situation. La description est déjà une intervention. Je conseillerais de faire la différence entre décrire, expliquer et évaluer le sentiment. S’en tenir à décrire et s’abstenir d’expliquer ou d’évaluer le sentiment.
  3. Planifier une session. Si vous l’utilisez honnêtement, cela peut vous donner un bon indicateur du moment où vous êtes prêt à effectuer un saut. Je conseille aux gens de ne pas simplement dissiper leur peur et de faire un saut, mais d’atteindre progressivement un niveau inférieur puis de s’y lancer. Je trouve que c’est l’approche la plus durable.

Les prochains articles approfondiront chacun de ces groupes d’intervention. En attendant, vous pouvez suivre mes recherches sur Facebook, entrer en contact avec vous ou participer à mon prochain atelier à Berlin.

Restez en sécurité

Paul

 

References

[1] Tod, D.A., Thatcher, R., McGuigan, M., & Thatcher, J. (2009). Effects of instructional and motivational self-talk on the vertical jump. Journal of Strength and Conditioning Research, 23, 196–202.

Vargas-Tonsing, T.M., Myers, N.D., & Feltz, D.L. (2004). Coaches’ and athletes’ perceptions of efficacy-enhancing techniques. The Sport Psychologist, 18, 397–414.

Wang, L., Huddleston, S., & Peng, L. (2003). Psychological skill use by Chinese swimmers. Internatonal Sports Journal, 7, 48–55.

[2] Tod, D.A., Hardy, J., Oliver, E. (2011) Effects of Self-Talk: A Systematic Review, Journal of Sport & Exercise Psychology, 2011, 33, 666-687.

[3] LeDoux 2015 Anxious: Using the Brain to Understand and Treat Fear and Anxiety. p. 275

Article d’origine : https://metropolisparkour.com/2018/06/21/moving-through-fear-2/#_ftn2

Traduction par l’Ecole de Parkour

KIMEO - Lyon

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  • […] Mais l’élément qui ne nous quittera jamais tout au long de notre pratique, je suis sûr que vous en conviendrez, c’est bien cette barrière mentale qui recule à chacun de nos progrès mais qui nous stoppe net et sans état d’âme à chaque nouveau palier. Elle est là, nous observe, nous domine, nous écrase jusqu’à ce que les heures de répétitions et d’ajustement nous permettent enfin de la regarder droit dans les yeux pour enfin pouvoir lui dire « aujourd’hui ça passe ! »(NDLR : Retrouvez cet excellent article sur la peur et le dépassement) […]

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