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Parkour, une définition

By 2 novembre 2018 No Comments

Le Parkour : aller d’un point A à un point B le plus eff…. Et blablabla. Merci Wikipedia.

Si vous nous suivez depuis un moment, ou si nous avons eu l’occasion de nous côtoyer, vous avez forcément conscience que pour les membres de l’Ecole de Parkour cette définition passe partout est depuis bien longtemps désuète (au moins autant que ce terme) et bien loin de représenter la profondeur de cette discipline qui nous tient tant à cœur.

Le réduire à courir droit devant soi est aussi représentatif que d’expliquer une coupe du monde comme des millionnaires qui courent derrière un ballon #2etoiles #annesophielapixrepresente.

Cela étant, il serait bien difficile d’en établir une définition universelle tant chaque pratiquant tend à se l’approprier et à la vivre pleinement selon son ressenti. C’est bien là une des forces majeures du Parkour : des mouvements universels au sein d’une pratique personnelle. Je ne connais pas 2 traceurs pour qui des enchainements d’obstacles soient à 100% les mêmes. Il suffit de mettre un petit chrono au centre des débats pour vous apercevoir des ajustements propres aux capacités de chacun, et, au-delà de cet aspect performance, l’envie du moment, le ressenti, l’aisance ou la fatigue, l’acharnement ou la détente, une simple humeur, un simple état d’esprit peut modifier du tout au tout l’approche d’un même pratiquant. Multipliez ça par le nombre de traceurs passés, présents et futurs, vous n’aurez là qu’une infime partie des possibilités offertes par cet art dont les seules limites sont les capacités humaines sur le plan de la physique et de l’imagination.

Ces raccourcis de définitions tendent à généraliser des approches élitistes de la discipline :

  • Etre fort pour être utile
  • Etre et durer
  • Faire, faire bien, faire vite et bien

D’excellentes valeurs qu’il nous faut défendre mais qui, d’un point de vue néophyte, peuvent s’adresser aux seuls acharnés, déterminés à se dépasser coûte que coûte. Même si bien souvent un entrainement de Parkour ressemble à n’importe quel autre, encore plus avec cette démocratisation qui vise à simplifier l’accès à la pratique (et dont nous sommes à l’Ecole de Parkour parmi les principaux acteurs), de l’extérieur tout cela reste extraordinaire. Comme disait Sébastien Foucan lors de sa venue à KIMEO « pour nous c’est normal, mais pour ceux qui nous regardent c’est déjà surhumain ».

Il ne faut pas se leurrer, le Parkour fait peur autant qu’il impressionne.

C’est en ça qu’à mon sens la définition simplifiée du Parkour se doit d’être plus personnelle, plus intime, pour qu’elle puisse toucher chaque lecteur, chaque auditeur qui pourra lui aussi s’identifier, s’imaginer en train de pratiquer selon ses propres envies et ses propres capacités.

Quand on pratique depuis un certain temps on est passé par plusieurs étapes :

  • L’amusement de la découverte
  • La difficulté physique et technique
  • La douleur des entrainements et des blessures
  • La frustration
  • L’immense joie d’un déblocage
  • Etc etc

Mais l’élément qui ne nous quittera jamais tout au long de notre pratique, je suis sûr que vous en conviendrez, c’est bien cette barrière mentale qui recule à chacun de nos progrès mais qui nous stoppe net et sans état d’âme à chaque nouveau palier. Elle est là, nous observe, nous domine, nous écrase jusqu’à ce que les heures de répétitions et d’ajustement nous permettent enfin de la regarder droit dans les yeux pour enfin pouvoir lui dire « aujourd’hui ça passe ! »(NDLR : Retrouvez cet excellent article sur la peur et le dépassement)

C’est cette affirmation de soi et de son potentiel qui rend ce sport ingrat aussi addictif, aucun d’entre nous n’est masochiste à aimer se faire mal mais tous nous savons ce qui se cache derrière cette frustration : l’accomplissement. Et la peur, la fatigue, la douleur sont un bien maigre tribut dont il faut s’acquitter pour parvenir à cette euphorie indéfinissable mêlée de fierté.

Ne voyez-vous pas là comme une contradiction ?

Un sport universel mais particulièrement exigeant. Accessibles à tous mais qui demande une inlassable rigueur. Comme toujours, tout est fonction de ce que vous cherchez : rien ne vous empêche de pratiquer sur un niveau simple et accessible ou bien de vous mettre la misère pour vous dépasser. L’aspect primordial restera d’acquérir des bases solides sur lesquelles naviguer au gré de vos envies.

Cela dit je ne cesse de penser qu’on peut et qu’on doit faire encore plus pour cette universalité qui semble établie. Que faire de ceux qui ont été forts mais ne le sont plus, aux traumatisés par un évènement dramatique de leur vie et qui ont perdu cette flamme d’assurance, certains d’avance de ne pas y arriver ? Comment expliquer, alors que nous doutons nous-mêmes sans cesse malgré un état d’esprit résolu, que cette personne au manque total de confiance en elle au quotidien, peut être aussi apte que n’importe qui ? Il appartient à chacun d’entre nous d’inviter ces personnes à une pratique plus personnalisée pour que, pas après pas, saut après saut, franchissement après franchissement, elles puissent retrouver cette foi en elles-mêmes qui rejaillira sur leur vie tout entière.

Dans ce cas une approche plus personnalisée peut être souhaitée, à l’image des cours particuliers.

Souvent perçus comme une méthode d’approfondissement de techniques spécifiques, peut-être serait-il plus juste de les considérer également comme une belle porte d’entrée vers un nouveau monde de possibilités. Loin des cours classiques dont les membres ont déjà la conviction d’être à leur place ou du moins de pouvoir s’y insérer, le cours particulier aura cette approche beaucoup plus adaptée à celles et ceux qui ont envie de se redécouvrir.

Peut-être un peu blasé par la surenchère de mouvements improbables et, bien qu’impressionné en tant que pratiquant, je trouve en tant qu’encadrant de plus en plus de plaisir à voir l’émerveillement dans la réussite des débutants. Qu’un mouvement anecdotique pour moi puisse être l’accomplissement d’un autre me ramène à mes premières sorties où tout me demandait de bosser dur mais où chaque session m’apportait son lot de fierté. Un prec’ de 8 pas stabilisé, un saut de chat pieds décalés, une montée de mur avec les coudes…

A mesure que nous avançons, prenons le temps d’inviter les hésitants, de partager notre confiance et la mettre au profit de ceux qui doutent. Pour qu’à leur tour ils se rendent compte qu’ils sont capables au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer.

Un mental endommagé est probablement la réparation humaine la plus difficile à atteindre. Aidons-les à réaliser leur potentiel, aidons-les à élargir leur imagination.

Soyons forts pour autrui.

KIMEO - Lyon

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