S’il y a une chose que j’ai apprise très tôt dans le parkour, c’est de réfléchir à deux fois avant de parler. Avant, pendant et après l’entraînement. Tout pouvait être testé. En plus d’être des monstres lorsqu’ils pratiquaient, les anciens avec qui je m’entraînais étaient aussi très attentifs aux mots et à la manière de les utiliser quand il s’agissait d’un saut ou d’un challenge.

 

Premièrement, il n’y a rien de « trop facile ». Respecte le saut. Respecte l’obstacle et l’entraînement qu’il t’a fallu pour pouvoir le franchir. Toujours. J’ai été repris plusieurs fois par David après avoir « cassé » un saut ou réussi un challenge disant « hey, c’était vraiment trop facile ! ». Il m’a immédiatement rappelé à l’ordre et expliqué que ce n’est pas parce que j’avais réussi le saut qu’il était trop facile, c’était arrogant et irrespectueux. Pour lui, la relation et la connexion qu’il créait avec l’obstacle étaient basées sur le respect et l’appréciation. La plupart du temps, réussir un saut demande beaucoup d’entraînement et de patience. Il s’agit d’un processus long, fatigant et douloureux et il ne devrait pas disparaître à l’instant où l’on réussi en disant « C’était trop facile ». Ce n’était pas facile jusqu’à ce que tu oses le faire.

 

 

Egalement, « Easy is for lazy ». Si c’était facile, tout le monde le ferait. Si je disais que quelque chose était facile, je me demandais immédiatement si je pouvais le faire en étant fatigué, sous la pluie, la neige, dans l’obscurité, sans échauffement ou les yeux fermés … Et une fois encore, je devais faire attention à ma réponse, parce que cela serait testé immédiatement, à chaque fois. Même si cela devient plus facile, il y a toujours la possibilité de s’améliorer. Dire que c’est facile vous coupe de cette envie de vous dépasser et vous donne une satisfaction superficielle.

 

Une autre chose m’a rendu prudent quand il s’agit de parler de challenges et sauts que je pensais pouvoir réaliser. Je me souviens d’une nuit à trainer après l’entraînement à la maison de Romain (un des traceurs de Lisses), quand nous avons commencé à parler de différents mouvements que nous pensions pouvoir faire dans des conditions difficiles. En fauteur de trouble David (Belle) me demandait souvent, de manière un peu piégeuse, ce que je pensais d’un saut ou d’un mouvement. Mais quand tu connais David, tu sais qu’il n’y a qu’UNE chose qui compte pour lui. Peux-tu le faire, ici, maintenant ! Il essayait de voir si j’étais raisonnable avec mes réponses, tentait de trouver le point faible. A un moment il mentionna un saut de bras à l’université d’Evry et me demanda si je pouvais le faire de nuit. J’y ai réfléchi puis lui ai dit oui. Avec un sourire il m’a alors répondu : « Ok ! C’est parti alors ! ». Depuis une discussion tranquille dans une chambre confortable, nous étions maintenant dans un van roulant en direction d’Evry.

 

La règle était simple, dès que je sortais de la voiture, je devais aller directement sur le saut de bras, sans échauffement, de nuit, et le faire du premier coup. Alors que je conduisais, j’essayais de visualiser le saut et de m’échauffer mentalement.

 

Me voilà, devant le saut, David me regarde et compte : 3, 2, 1 … SAUTE. Et j’ai sauté, mal jaugé la distance, atterri sur les talons et glissé, je suis tombé du mur et j’ai fini sur le cul. J’étais tellement énervé par la situation et par moi-même. Je n’étais pas blessé, si ce n’est un bleu sur les fesses, mais vraiment déçu de voir cette difficile réalité. David n’avait pas à dire grand chose, j’avais appris ma leçon.

 

C’était un exemple parmi tant d’autres mais le principe est resté le même.

 

  1. À moins d’être sûr à 100% que tu peux faire quelque chose, ne dis rien
  2. Il n’y a rien de facile, il y a des choses pour lesquelles tu t’entraîne dur et pour lesquelles tu deviens meilleur. Et cette quête de « meilleur » peut toujours être remise en question. Le jeu est sans fin et tu n’es jamais un maître.

J’ai entendu tellement souvent « c’est facile » « je peux le faire » sans aucune idée du sens de ces mots. Les actions parlent plus fort que les mots et le parkour est un monde où cela est encore plus vrai. Beaucoup de gens comparent le parkour à un art martial. Je pense qu’il y a des similarités, l’une d’entre elles étant le code moral et l’attitude. La philosophie et l’état d’esprit commencent avec ce genre de principe en tête, tout le temps. Reste humble, cherche la dure vérité, parce que le reste n’est qu’illusion.

 

Article par Stephane Vigroux : http://www.stephanevigroux.com/#!Words-and-Actions-A-Parkour-philosophy/cvk5/56daabd10cf249e9dfd34972

Facebook : https://www.facebook.com/vigrouxstephane/

Traduction par l’Ecole de Parkour : www.ecoledeparkour.fr

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